top of page

Animal Man - Taking the long way home

  • 10 oct. 2014
  • 5 min de lecture

Suite au succès mythique d'Alan Moore sur SWAMP THING dans les années 80, emblématique encore à ce jour en ce qui concerne une approche résolument moderne du comic-book, qui plus est sur un personnage réputé de moindre envergure -au regard d'un BATMAN ou d'un SUPERMAN, l'éditeur américain DC Comics décide à l'aune des années 90 d'exploiter la filière des auteurs anglais, espérant bien réitérer le même exploit avec d'autres figures oubliées de leur catalogue. Et c'est effectivement ce qui ce produira grâce au talent d'une prestigieuse éditrice alors débutante, Karen Berger, qui donnera leur chance à de jeunes scénaristes tels que Neil Gaiman (avec THE SANDMAN), Grant Morrison (DOOM PATROL et ANIMAL MAN) et Peter Milligan (SHADE THE CHANGING MAN), qui viendront dépoussiérer de façon décapante parfois quelques personnages autrefois assez fameux mais tombé peu à peu dans l'oubli. Le succès sera tellement retentissant que cela aboutira à la création d'un label spécifique, Vertigo, réservé à ces seuls personnages, ainsi qu'à un public averti. On y aborde en effet des thématiques plus adultes que dans les récits habituels de super-héros, se détachant même progressivement du-dit registre pour se rapprocher pleinement de celui de l'horreur et du fantastique.


Animal.jpg

Sans se départir de leurs identités propres et de leurs univers personnels respectifs, nos jeunes auteurs appliqueront aux figures super-héroïques un traitement dit « déconstructiviste » (dont l'appellation et la paternité sont généralement attribués à Moore) consistant à confronter les personnages à des thématiques réalistes, davantage ancrées dans le quotidien, à la place des sempiternelles dominations du monde à contre-carrer. Ainsi les péripéties de Buddy Baker, notre héros, seront autant tournées vers ses problèmes de chomâge ou de vie de famille que dans ses combats contre les « Forces du Mal », ce qui en soi n'est pas nouveau depuis SPIDER MAN. Ce qui l'est par contre réside davantage dans la manière de le faire. Le tout premier épisode d'Animal-Man par Grant Morrison verra ainsi notre héros se faire arracher un bras - et ce n'est pas la dernière audace que l'auteur se permettra.. Je vous rassure, notre personnage parviendra à surmonter ce contre-temps du fait de la particularité de ses pouvoirs (il peut s'attribuer les caractéristiques de n'importe quel animal vivant en se « connectant » au champ morphogénique terrestre, ce qu'il fera ici en s'appropriant les particularités régénératrices du ver de terre) mais cet épisode à lui seul aura marqué des générations de lecteurs, aussi bien que d'aspirants auteurs .Plutôt que de surenchérir perpétuellement l'aspect surhumain du personnage, l'accent est mis au contraire sur sa vulnérabilité. Ici, les personnages « sentent » les balles qu'ils se prennent et ils n'en réchappent pas aussi facilement que Superman pourrait le faire. Nombre de scénaristes vous diront d'ailleurs qu'un personnage avec des faiblesses demeure un matériau plus intéressant à travailler qu'une figure toute-puissante.


Le présent volume marque l'arrivée d'un autre scénariste anglais, Jamie Delano, assurant la relève à la suite de Tom Veitch, le successeur de Grant Morrison (et de Peter Milligan, le temps d'un court story-arc) et rassemble à la fois les derniers épisodes de la série, et les premiers à proprement dits sous le label Vertigo. Le personnage aurait pu tomber entre de plus mauvaises mains car Delano fût auparavant l'instigateur du succès de la série HELLBLAZER (qui s'est vue adaptée au cinéma sous le nom de CONSTANTINE, avec Keanu Reeves dans le rôle-titre, dont une série tv éponyme est aujourd'hui en cours de réalisation) et son passage sur ANIMAL MAN se révèlera tout à fait digne de ses illustre prédecesseurs, offrant au personnage un chemin de croix à sa juste mesure. Reprennant un paramètre encore non-résolu du run de Veitch, à savoir le fils de Buddy retenu prisonnier par son oncle, un survivaliste psychopathe, Delano pousse le personnage avec radicalité dans des retranchements inédits. Alors qu'il remontait la piste de son fils, Buddy se fait purement et simplement rouler dessus par l'oncle fallacieux et projette (davantage dans un soubresaut de survie lié à un aspect inédit de ses pouvoirs que par choix) sa conscience dans la faune environnante. Pour sauver son fils, il lui faudra tout d'abord quasiment remonter le cours entier de la chaîne alimentaire naturelle, ce qui donnera lieu à un périple des plus métaphysiques, pour littéralement se ré-incarner..Ce qu'il finira par réussir à faire tant bien que mal, se constituant un nouveau corps à partir d'éléments disparates issus de différents animaux, à l'image presque du Frankenstein de Mary Shelley.

Animal3.jpg

L'apport considérable initié par Moore, puis repris par toute la palette d'auteurs que nous avons cités, demeure tout particulièrement dans le fait d'avoir insufflé au médium des thématiques purement littéraires (revendiquées comme telles) et résolument adultes à la place des péripéties habituelles du genre. Celle du « retour du Héros » comme elle est déclinée ici (que l'on doit avant tout à Homère avec « L'Odyssée ») est devenue en soi une véritable figure imposée du comic-book moderne où sont régulièrement abordées les questions de la perte d'identité, de la découverte ou de la ré-appropriation de celle-ci au travers d'une période d'errance et d'exploration du monde ou d' univers nouveaux, qui donneront lieu par ailleurs à des récits absolument passionnants: contre toute attente Moore ira lancer SWAMP THING dans l'espace, Rick Veitch à sa suite ira le perdre dans le temps, Peter Milligan développera un contre-point au célèbre roman de Jack Kerouac dans un story-arc justement intitulé « Off The Road » pour SHADE THE CHANGING MAN , et Jamie Delano ne déroge absolument pas à la règle avec l'épopée de Buddy perdu au sein du microcosme naturel, en livrant un récit initiatique s'il en est, qui lui permettront quelques digressions sur l'Evolution en général. Le personnage de l'Oncle, véritable booggey-man ayant voué son existence entière au culte de la Mort vient renforcer cette réflexion, notamment les angles de la prédation gratuite et du gaspillage qui seront reprises par la suite dans le début des épisodes Vertigo. Grant Morrison avait déjà posé les jalons de l'aspect militant écologiste du personnage (Morrison étant un défenseur des Droits des Animaux, voir l'excellent We3) et Delano le développera jusqu'à son paroxysme, ainsi nous reverrons une nouvelle fois l'Avatar multi-animalier de Buddy Baker, véritable quintessence du personnage, mais il faudra attendre pour cela le prochain volume ! Delano commence ici toutefois fort elegamment son travail d'installation, mêlant brillamment thématiques de la vie quotidienne (aussi bien la question de l'adultère que celle de la prise de conscience politique) au postulat super-héroïque, uniquement perceptible de loin en loin et qui s'estompe progressivement pour laisser la place à un récit horrifique pur de très grande qualité.


Pendant très longtemps, ces récits de fin des années 90 restèrent difficilement trouvables pour qui n'avait pas pris le train en route à l'époque. Du fait du regain d'attention au sujet d' ANIMAL MAN suite au reboot de tous les titres DC en 2011, l'éditeur ré-imprime progressivement les volumes manquants. Subsistent encore quelques absents prestigieux tels que BLACK ORCHID ou la suites des aventures de SHADE THE CHANGING MAN, mais dans l'univers des comic-books les absents n'ont jamais tort très longtemps. Aussi, l'auteur de ces quelques lignes souhaiterait les dédicacer aux rédacteurs de la revue SCARCE, les seuls à avoir parler de ces trucs géniaux dont on savait qu'ils existent mais qu'on ne savait pas où chercher.



Animal2.jpg

ANIMAL MAN vol.6 « Flesh And Blood »

Jamie Delano - Steve Pugh

(DC/Vertigo)


Nonobstant2000

 
 
 

Commentaires


En Vitrine
Tout nouveau, tout beau
Recherche par Tags
Suivez nous !
  • Facebook Long Shadow
bottom of page