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Bureau de Verification du Buzz 2 : Gaga de Pop Art ?

  • Photo du rédacteur: freakosophy
    freakosophy
  • 24 mars 2010
  • 7 min de lecture

Lady Gaga sort son dernier clip : Telephone. Un carton. Plus de 15 millions de visites en une semaine. Le buzz naît. On vérifie. Le clip est pourri.

Mais deux camps naissent. Les pour et les contre. Slate.fr et Ecrans.fr.

Ce qui intéresse encore une fois le bureau de vérification des buzz, c’est de savoir de quoi se nourrit le buzz. Lady Gaga, qui tente toujours aussi vainement d’être « camp », est dans le domaine de la pop culture une sorte de pudding indigeste. Une accumulation. Une compression. Mais c’est ce qui place Lady Gaga au sommet de la chaîne alimentaire du pop art. Du moins c’est l’argument de Slate.fr. Les magazines hype sont par essence dialectiques. Tout argument réversible est renversé– on le sait, on fait pareil, lors d’édifiantes conversations sur l’air du temps. On déteste Lady Gaga parce qu’elle fait de la musique déjà faite… Justement, nous répond-on c’est ce qui est génial, elle s’approprie les codes de la chanson pop. Mais sérions les arguments, mes amis, sérions.


  • Elle a réussi à dévorer, à ingérer, à s’approprier plus de pop culture que tous les autres. Pur rapport de quantité (puisque par définition la pop culture met la qualité de côté) ;


  • Elle ne fait plus simplement référence à la pop culture, elle est devenue pop. Elle n’est plus seulement affublée de marques, elle est une marque. Aïe, se dit-on, là on est dans le concept pur et dur, recyclé par des bandes de designers, de publicitaires et de graphistes à grosses lunettes noires. On se tape Platon et la déconstruction de Platon dans la minute : carrément, on passe de la représentation d’un modèle, à la re-présentation dudit modèle – niant ainsi le modèle en tant que modèle pour mieux rester fidèle au principe qu’il incarne. Ah bah ouais.


lady-gaga-pop.jpg

Démontage rapide (puis remarques brillantes, mais d’abord démontage).


(1) Lady Gaga ne s’est pas approprié beaucoup de pop culture dans ce clip. La référence aux films de prison de femmes ou à la blaxploitation est diffuse. Et finalement, le clip reste un clip : danse et situations improbables, mais ce n’est pas la folie référentielle annoncée. Quant aux références plus précises, par exemple, celle à Tarantino, elles sont tout simplement courtes. Elles ne concernent qu’un film de Tarantino, l’avant-dernier, Kill Bill. Il ne concerne qu’un accessoire du film, le plus ridicule du reste, à savoir la Pussymobile d’Uma Thurman. Un enfant de sixième prétentieux en aurait des tonnes de fois plus.

De deux choses l’une : soit Lady Gaga n’est pas obsédée à ce point par le référencement pop, soit elle considère que le pop art appelle des références plus subtiles et moins nombreuses. Dans les deux cas, on est déçu.

Mais une dernière remarque. Ce qu’on voit en Lady Gaga, c’est-à-dire une mangeuse de références pop, concerne en réalité une quantité incroyable de clips, et sans doute de plus brillants. C’était notamment le cas du clip de Charlotte Gainsbourg et de Beck, Heaven can wait. Le clip en question avait même été accusé de plagiat, mais de plagiat de photos amateurs sur le net, ou de petits films de youtube. Voilà une vraie audace pop : changer la source à laquelle on fait référence, et non simplement référencer une œuvre – ou bien, à ce titre, l’Enfer de Dante pompant Virgile et les poètes antiques est une gigantesque œuvre pop…


(2) Le deuxième argument que Slate déploie est plus précis. Lady Gaga devient pop dans le processus même de création, parce qu’elle a une source plus audacieusement pop que le cinéma de Tarantino. Tenez-vous bien, et préparez-vous à laisser couler votre cerveau par les oreilles : Lady Gaga fait référence à la publicité. Et même plus précisément : aux marques. Eh oui, ce n’est pas un simple placement de produit minable, non, non, non, c’est une référence pop. Et donc Lady Gaga = Lady Warhol. CQFD.


Deux problèmes concrets dans le clip.


D’abord les pubs sont assez peu nombreuses là encore. Plus que d’habitude dans un clip, certes, mais certainement pas assez pour devenir un processus de créations. Rien à voir avec le récent court métrage d’animation français qui a gagné l’oscar du film court. Dans Logoland, tout est logo et pub. Plus drôle, plus créatif, plus artistique.

Ensuite, les pubs ne sont pas en continuité sémiotique avec le reste du clip. Elles ne s’intègrent pas bien. Un téléphone Virgin Mobile, au milieu d’un clip pseudo années 70, avec les contrastes, les couleurs, les premiers plans flous et bref, tous les effets d’un épisode des Experts ?… non, ça ne colle pas. Or, s’il y a bien un propos warholien (et peut-être le seul), c’est de réconcilier l’art avec le monde, le monde terrestre, le monde des affaires. Donc, double ratage.


Enfin, ultime remarque, le pop art n’est pas obsédé par les marques. C’est un cliché de graphiste à grosses lunettes noires. On doit même aller plus loin : il y a très peu d’utilisations de marques dans l’univers du pop art. Des images empruntées à la pub, oui ; des modes de présentation empruntés à la pub, un gros oui aussi ; à la bande dessinée oui ; des objets techniques du modeste quotidien, oui. Mais des logos, des marques, placés tels quels, laissés bruts, pour devenir tout simplement de l’art ?… On pourrait aller jusqu’à dire : jamais.

Citons d’abord les pontes, hormis l’archonte Warhol : Hamilton, Lichtenstein, Oldenburg, Hockney, Ruscha (pourtant très capable de faire un tel travail), Haring ou Koons (pourtant si capable de faire de la merde), ou même Murakami (idem)… pas de traces de marques. On ne se débattra pas pour définir le pop art, mais il suffit de dire qu’il y a une logique dans cette absence. Le pop art veut réconcilier les esthètes du monde de l’art avec le monde des années 60. Il n’est peut-être pas post-moderne, hybridant tout sans préférence ou hiérarchie, mais moderne donc, à ce titre au moins. Mais si les marques font partie du monde, on peut les intégrer. Néanmoins, elles ne sont que des traces pour le pop’artiste, des signes d’un réalisme – la réalité pour ces peintres étant le monde d’images qui nous entourent, et s’immiscent dans notre perception et conceptions habituelles du monde. Parce que le monde est ainsi, on peut montrer les marques. Elles rendent le collage vérace, elles sont l’élément temporel nécessaire, selon Baudelaire, pour saisir l’éternel d’une œuvre d’art. Mais si elles devaient être représentées en elles-mêmes, ces marques passeraient du statut de simples images à celui de symboles. Bref, le monde de l’art redeviendrait platonicien, adorant les modèles et haïssant la réalité. Or, c’est à mon humble sens le mouvement inverse qui anime ces peintres et sculpteurs, du plus critique au plus cynique. Si le pop art ne réconcilie plus le monde terrestre avec le monde céleste des idées, si le pop art ne transfigure plus le banal, s’il n’est plus chrétien, en quelque sorte, il se dissout, perd sa valeur critique, artistique et historique.


Une citation de Warhol pour comprendre tout ça très bien ? Pas de souci :


« Une fois qu’on est pop, on ne peut plus voir les signaux de la même façon. Et une fois qu’on a commencé à penser pop, on ne peut plus voir l’Amérique de la même façon. À partir du moment où on met une étiquette, on franchit le pas. Je veux dire, on ne peut plus revenir en arrière et voir la chose sans son étiquette. On voyait l’avenir et ça ne faisait aucun doute. On voyait des gens passer devant sans le savoir, parce qu’ils pensaient encore comme autrefois, avec des références au passé. Mais il suffisait de savoir qu’on était dans l’avenir, et c’est comme ça qu’on s’y retrouvait. Il n’y avait plus de mystère, mais les surprises ne faisaient que commencer. »


Alors Warhol ? C’est de sa faute si Slate.fr peut affirmer que Lady Gaga = Lady Warhol ? Oui, parce qu’il a peint une soupe Campbell, et sculpté une boîte Brillo, ou sérigraphié des bouteilles de Coca. Mais (1) c’est loin de représenter ne serait-ce que la moitié de ses œuvres. (2) L’intention est toujours pop : Brillo ou Campbell ne sont pas des marques extraordinaires en soi, et celles-ci représentent dans l’esprit de Warhol ce qui désormais incarne les besoins primaires de l’homme. On connaît l’anecdote de la soupe Campbell, que Warhol mangeait obsessionnellement quand il était en galère. Mais il parle mieux encore des bouteilles de coca – ce qui prouve là encore, que même s’il s’agit de Coca-Cola, il ne change pas le Coca en vin pour faire des calimochos. Le coca, ça lui sert à dire ça : « c’est du coca, c’est génial ». Mais pas dire ça : « le coca, c’est plus que du coca » (ce qui est le B.A. BA dialectique de la pub contemporaine : machinTV c’est plus que de la télé, Machin.fr c’est plus que de l’internet – putain, lâchez nous les mecs avec vos hyperboles moisies !). Ecoutons-le, être curieusement anti-gaga du Coca :

« Ce qui est formidable dans ce pays, c’est que l’Amérique a inauguré une tradition où les plus riches consommateurs achètent en fait la même chose que les plus pauvres. On peut regarder la télé et voir Coca-Cola, et on sait que le président boit du Coca, que Liz Taylor boit du Coca et, imaginez un peu, soi-même on peut boire du Coca. Un Coca est toujours un Coca, et même avec beaucoup d’argent, on n’aura pas un meilleur Coca que celui que boit le clodo du coin. Tous les Coca sont pareils et tous les Coca sont bons. Liz Taylor le sait, le président le sait, le clodo le sait, et vous le savez. »

La condition de la transformation du monde en pop, donc c’est l’immanence. Virgin Mobile doit tomber dans les mains du clodo du coin – et Lady Gaga aussi par la même occasion – pour pouvoir vraiment devenir pop. Et c’est loin d’être le cas.



Pour conclure, et trouver une vraie reprise pop du morceau porno-pop de Lady Gaga : je vous présente le super groupe Pomplamoose. Là encore, le nom du groupe est en soi une reprise pop de notre mot à nous « pamplemousse » qui était le mot français préféré d’une amie de la superbe chanteuse Nataly Dawn… Bref, on dirait que Nicole Kidman joue avec un clodo hystérique, et c’est génial, tout est là, rien de plus, rien ne manque. Et en plus, ils ont même inventé le concept de videosong pour qualifier leur clip. C’est juste que ça dit ce que c’est, et c’est Génial.


Richard Mémeteau

 
 
 
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